L’Espéranto, la langue universelle

L’Espéranto est une langue universelle construite en 1886 par un homme, Zamenhof, et qui sert de langue véhiculaire* à quelques 120 pays. Cette langue s’impose comme une solution pour les personnes de langues maternelles différentes qui souhaiteraient communiquer les unes avec les autres. Cependant, le phénomène de ces langues construites n’est pas nouveau, même si l’espéranto demeure celle qui possède le plus grand nombre de locuteurs. Découvrons les origines singulières de cette langue et sa grammaire à la portée de tous, ainsi que la littérature espérantiste et l’importance politique de la langue.

*langue véhiculaire : langue servant de moyen de communication

 

Les langues construites

Les langues construites sont loin d’être un phénomène nouveau. A partir du 17ème siècle, les langues construites commencent à se développer pour satisfaire le goût de l’harmonie, de l’ordre et de la perfection qui caractérise le classicisme.

Une multitude de langues construites

L’Espéranto n’est pas la seule langue construite. En effet, on en dénombre des dizaines créées depuis 1876. Certaines langues construites sont des langues mortes simplifiées, des inventions linguistiques proposant une simplification du latin ou du grec ancien comme :

  • Le Simplo
  • Le Semi-latin
  • Le Latinulus
  • Le Panlingua
  • Le Monario
  • Le Perfect
  • Le Novi Latine
  • L’Interlingua Systematic
  • L’Unilingue
  • Le Latino Viventi
  • Le Mondi Lingua

D’autres langues sont quant à elles des langues vivantes simplifiées, soit des propositions pour simplifier le français, l’anglais ou encore l’espagnol. Cependant, il peut aussi s’agir de langues inter-germaniques et inter-slaves permettant aux peuples de faire du commerce.

L’Espéranto : seule survivante ?

L’Espéranto demeure la langue construite la plus parlée de toutes. On recense plus de deux millions de personnes qui le parlent aujourd’hui dont quelques centaines de milliers l’utilisant couramment pour des échanges internationaux. Cependant, l’espéranto n’est pas le seul projet de langue universelle – alors qui sait – peut-être verrons-nous d’autres langues se dessiner dans un avenir proche ?

Une langue construite “a posteriori”

Il existe trois types de langues construites :

  • les langues construites “a priori”, qui ne s’inspirent d’aucune langue naturelle.
  • celles “a posteriori”, qui, elles, s’inspirent des langues naturelles.
  • les langues mixtes, qui mêlent invention et mots provenant de langues naturelles.

L’Espéranto fait partie des langues a posteriori. Il s’agit en fait d’un mélange de nombreuses langues indo-européennes.

Pourquoi l’espéranto n’a pas conquis le monde ?

Comme vous pouvez le constater, si cette langue universelle n’est parlée que par quelques millions de personnes seulement, c’est qu’elle n’a pas eu le succès escompté. Effectivement, bon nombre de personnes aujourd’hui ignorent tout de l’espéranto et de son utilité dans le monde et dans les échanges. L’objectif de l’espéranto étaient de devenir une langue de communication internationale, mais c’était sans compter sur l’anglais, qui fait office de langue véhiculaire de nos jours.

Zamenhof et les origines de l’Espéranto

Mais d’où vient donc l’Espéranto ? Malgré la consonnance latine, c’est en fait à Bialystok, ville actuelle de Pologne, qu’un certain Zamenhof l’a inventée.

Un environnement multilingue

Ludwik Lejzer Zamenhof est polonais. Alors qu’il est enfant à Bialystok, sa ville natale, différentes ethnies se disputent le territoire : les Russes, les Polonais, les Allemands et les Juifs. Il est donc en contact avec différentes langues très tôt : chez lui, il parle russe, il utilise le polonais dans la rue, étudie l’allemand, le français, le grec et le latin au lycée. Mais ce n’est pas tout : étant juif, il apprend quelques rudiments d’hébreu et certains signes laissent penser qu’il possédait également des connaissances en lituanien – puisque Bialystok se trouve à la frontière lituanienne.

L’idée d’une langue commune

Le rêve de Zamenhof est d’unir les peuples qu’il voit chaque jour en conflit. Alors qu’il vit à Varsovie, il écrit à Michaux, avocat français passionné par la linguistique et par le langage artificiel :

« Si je n’étais pas un juif du ghetto, l’idée d’unir l’humanité ou bien ne m’aurait pas effleuré l’esprit, ou bien ne m’aurait pas obsédé si obstinément pendant toute ma vie. Personne ne peut ressentir autant qu’un juif du ghetto le malheur de la division humaine. Personne ne peut ressentir la nécessité d’une langue humainement neutre et anationale aussi fort qu’un juif […]. Ma judaïcité a été la cause principale pour laquelle, dès la plus tendre enfance, je me suis voué à une idée et à un rêve essentiel – au rêve d’unir l’humanité… » (1905)

De plus, il souhaite unir toutes les classes sociales en proposant une langue que chacun peut apprendre sans difficulté. Pour Zamenhof, l’Espéranto est une langue du peuple, de la masse. Effectivement, tel qu’il l’écrit dans le “Fundamenta Krestomatio”, c’est une langue adressée à tous.

Docteur Esperanto et le “Fundamento”

À l’âge de dix-neuf ans, il élabore son premier projet de langue universelle alors qu’il s’apprête à partir à Moscou pour étudier la médecine. Il laisse son projet entre les mains de son père qui le détruit. En effet, il craint les conséquences que pourrait apporter la découverte de ce projet rédigé en langue secrète par un étudiant juif. Mais rien ne l’arrête : à vingt-huit ans, il publie sa première brochure de “langue internationale”, le “Fundamento”, sous le nom de Docteur Esperanto.

 

Apprenons l’espéranto !

Dans le “Fundamento” de Zamenhof, on trouve une grammaire complète de la langue, des exercices ainsi qu’un dictionnaire. Voici quelques-uns des fondements de la langue.

Une langue simple

Puisque l’espéranto est une langue a posteriori, elle trouve ses sources dans les langues naturelles. Zamenhof a créé la langue en s’inspirant des langues indo-européennes. Par conséquent, si vous parlez déjà l’une d’entre elles, vous n’aurez aucun mal à apprendre l’espéranto. On estime qu’il faudra cinq fois moins de temps pour l’apprendre comparé à une langue naturelle, notamment parce que sa grammaire est simplifiée. En fait, vous pourrez dire adieu aux verbes irréguliers et toutes autres exceptions qui font souvent la particularité des langues naturelles. Doté d’une logique implacable, seulement 150 heures sont nécessaires pour lire, écrire et parler parfaitement l’espéranto.

Les règles de grammaire

Voici quelques-unes des 16 règles de grammaire du Fundamento pour y voir un peu plus clair et commencer votre apprentissage de l’espéranto !

L’alphabet espéranto

L’alphabet espéranto est composé de 28 lettres :

Minuscule Prononciation API Équivalent français Exemples
a /a/ a arbre
b /b/ b ballon
c /t͡s/ ts tsunami
ĉ /t͡ʃ/ tch tchèque
d /d/ d dire
e /e/ é éléphant
f /f/ f famille
g /ɡ/ g gare
ĝ /d͡ʒ/ dj adjudant
h /h/ h home (anglais)
ĥ /x/ Pas de véritable équivalent en français.

Le “x” russe et le “خ” arabe,

qui transcrivent ce son dans

les langues concernées,

sont toutefois transcrites

en français par “kh”.

En espagnol, ce son est

transcrit par la lettre “J” (jota).

Juan (espagnol)Khaled (arabe)
i /i/ i idée
j /j/ y yoga
ĵ /ʒ/ j jeudi
k /k/ k koala
l /l/ l lion
m /m/ m merci
n /n/ n nuage
o /o/ o oser
p /p/ p papa
r /ɾ/ r roja (espagnol)
s /s/ s singe
ŝ /ʃ/ ch chanter
t /t/ t tête
u /u/ ou ours
ŭ /w/ w watt
v /v/ v ville
z /z/ z zone

(source)

En espéranto, les lettres q, w, x et y n’existent pas, à part dans le cas des formules mathématiques.

Les articles

Il n’existe qu’un seul article en esperanto, l’article défini “la”. On l’utilise aussi bien pour le masculin que pour le féminin et le pluriel. De plus, l’article indéfini n’existe pas.

Les noms

Tous les substantifs ont leur terminaison en -o. Par exemple, “le jour” se dit “la tago”. Au pluriel, on ajoute -j à la fin du nom : les jours = la tagoj.

  • la kato, la katoj = le(s) chat(s)
  • la floro, la floroj = la/les fleur(s)

L’accusatif

Le cas du complément d’objet direct, ou accusatif, se marque par l’ajout de -n au substantif. Par exemple :

  • letero(j) : une lettre, des lettres
  • Mi skribas leteron, mi skribas leterojn : J’écris une lettre, j’écris des lettres

Les adjectifs

Les adjectifs quant à eux terminent par -a et ne varient pas en genre.

  • Le beau jour = La bela tago.
  • La belle robe = La bela robo.

Tout comme les substantifs, ils se déclinent à l’accusatif :

  • je mets une belle robe = Mi surmetis belan robon
  • je cueille de belles fleurs = Mi kolektas belajn florojn

Les verbes

Chaque verbe possède une seule forme par temps. Autrement dit, il ne change pas en fonction des pronoms personnels.

  • l’infinitif se termine en -i : skribi = écrire
  • le présent de l’indicatif se termine en -as : mi skribas = j’écris
  • le passé se termine en -is : mi skribis = j’écrivais
  • le futur se termine en -os : mi skribos = j’écrirai

Les adverbes

Les adverbes se construisent en substituant le -a de l’adjectif à un -e. Par exemple : indépendant = sendependa; indépendamment = sendepende.

La prononciation

L’accent tonique de l’espéranto se trouve sur l’avant-dernière syllabe. Ensuite, il suffira de se rappeler que chaque mots se prononce tel qu’il est écrit.

Pour consulter les autres règles de grammaire de l’espéranto, vous pourrez consulter gratuitement le Fundamento de Esperanto à cette adresse.

La culture espérantiste

La littérature espérantiste compte de nombreux ouvrages outre la plupart des classiques littéraires traduits. En réalité, il existe des écrivains espérantistes – dont les plus connus sont hongrois – qui ont contribué à l’enrichissement de la langue universelle. On trouve de nombreux poèmes en espéranto et il existe plusieurs journaux rédigés dans la langue internationale. Si vous souhaitez vous informer sur l’actualité avec l’espéranto, vous pourrez vous procurer la revue Monato ou vous rendre sur leur site. Cependant, si vous cherchez à comprendre le monde espérantophone, vous trouverez plusieurs revues intéressantes comme Beletra Almanako, revue littéraire, Esperanto, revue de l’Association mondiale d’espéranto, Kontakto, revue de l’Organisation mondiale des jeunes espérantophones, ou encore La Ondo de Esperanto. On trouve également de nombreuses musiques traduites en espéranto ainsi que des compositions musicales en langue internationale.

 

Le mouvement espérantiste

Plus qu’une langue, l’espéranto est un mouvement social international qui promeut non seulement la langue elle-même mais aussi la facilité de communication entre les peuples.

L’entrée en politique de l’Espéranto

Peut-être l’avez-vous déjà remarqué en vous rendant dans un bureau, il existe un parti espérantiste : le EDE, Europe Démocratie Espéranto. Dans l’alignement des idées de Zamenhof – qui rappelons-le était d’unir les peuples et de leur permettre de communiquer – L’espéranto fait très vite son entrée en politique. En 1922 notamment, l’Iran a proposé l’espéranto comme langue de travail à la Société des Nations (Organisation des Nations Unies actuelle), mais la plupart des nations les plus puissantes s’y sont opposées. En réalité, de nos jours, de nombreux pays subventionnent le mouvement espérantiste, et notamment la Chine. Cependant, comme on peut s’en douter, les pays anglo-saxons restent les principaux opposants à l’utilisation de l’espéranto comme langue véhiculaire. En effet, l’utilisation de l’anglais comme langue véhiculaire leur assure la domination économique et culturelle de la plupart des pays du monde.

L’Espérantie, pays de l’espéranto ?

L’espéranto est une langue anationale, elle ne correspond ni à une seule citoyenneté ni à une seule culture dans le monde. En revanche, il existe un territoire appelé Espérantie (Esperantujo) qui correspond aux différentes zones du monde où se trouvent les espérantophones. Ce territoire s’étend sur quelques 120 pays mais ne possède bien entendu aucun régime politique. Plus spécifiquement, l’Espérantie correspond aux différentes zones où sont établies les différentes associations qui promeuvent la langue internationale.

Fait intéressant : l’Espérantie possède une monnaie appelée le stelo (l’étoile) frappée aux Pays-Bas à partir de 1942. De nos jours cependant, elle n’est utilisée que lors des rencontres entre espérantistes.

 

Conclusion

L’Espéranto, langue internationale, langue construite et langue véhiculaire est un objet d’étude passionnant. La langue trouve ses origines dans les querelles territoriales du nord de la Pologne, lorsque Zamenhof décide de réunir tous les peuples autour d’une même langue. Il édite une brochure de celle qu’il appelle “langue internationale” sous le nom de Docteur Esperanto, qui donnera plus tard son nom à cette langue de tous les peuples. De plus, la grammaire de l’espéranto est à la portée de tous, ce qui permet de l’apprendre en cinq fois moins de temps qu’une langue naturelle. Une langue qui possède sa littérature et son univers, avec ses écrivains et sa culture. Mais outre la langue, l’espéranto reflète un mouvement social et politique international malheureusement contrecarré par les grands acteurs de l’économie et de la politique mondiale.

Des questions sans réponses ? Rendez-vous sur le site de Esperanto France pour avoir plus d’informations sur le monde de l’espéranto. Ou alors commencez votre apprentissage sur Duolingo !

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