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La langue la plus facile du monde

Toki Pona langue la plus facile du monde

Quelle est la langue la plus facile à apprendre ? Si l’en existe une, qu’entend-t-on par facile ? Y’aurait-il donc une langue accessible à tout le monde ? Même à ceux qui sont mauvais dans l’apprentissage d’une langue étrangère ? Toutes ces questions ont aujourd’hui une réponse. L’article qui suit est le fruit d’une découverte inattendue aux confins du web. Voyons alors quelle est cette langue dont personne ne vous a jamais parlé. Spoiler alert : cette langue est le Toki Pona.

langue la plus facile

Une langue facile, c’est quoi ?

Avant de vous dire quelle est cette langue, je tenais à faire un petit résumé de linguistique (pas long et pas dur, promis) ;-). C’est la science des langues. Plusieurs grands thèmes lui sont généralement associés et ils expliquent souvent pourquoi on galère tant à apprendre une langue étrangère. Voici les composantes d’une langue :

  • la phonétique : c’est à dire tout les sons que produit la langue ;
  • la phonologie : qui étudie les phonèmes (les sons utiles à la construction du sens) ;
  • la morphologie : en gros ce sont les mots ;
  • la syntaxe : la construction et l’ordre des mots dans une phrase ;
  • la sémantique : la signification des phrases quand on agence les mots entre eux.

En résumé, si on considère qu’une langue est facile c’est uniquement en la comparant à notre langue maternelle. C’est toujours vers elle (sauf les linguistes confirmés bien sûr) que vous allez vous tourner pour faire des comparaisons. Alors, pour nous francophones, une langue serait qualifiée de facile si :

  • tous les sons de la langue facile sont déjà présents en français ;
  • les mots sont pas trop nombreux et les constructions grammaticales pas trop éloignées des nôtres ;
  • la structure de la phrase est la même (chez nous c’est Sujet + Verbe + Objet ou SVO).

Si on avait arrivait à trouver une langue qui réunissait tous ces critères on pourrait s’écrier bingo !

Avoir des sons similaires

Au premier abord, cela ne paraît pas être un problème. En français, nous avons déjà une large palette de sons. Mais en fait, non. Notre langue est relativement pauvre en comparaison avec d’autres.

Alphabet phonétique international
Tous les sons de toutes les langues ont été répertoriés dans cet alphabet par l’Association de phonétique internationale

Vous voyez le tableau juste au-dessus ? Il est d’une complexité incroyable. Et pourtant, je n’ai pris qu’1/6 de toute la classification réalisée. Le projet c’est de répertorier tous les sons émis par toutes les langues dans un alphabet. Toutes les consonnes que vous ne reconnaissez pas dans le tableau n’existent tout simplement pas en français. Il y en a déjà quelques unes, hein ?

Alors imaginez une langue qui met bout à bout que des sons que vous ne connaissez pas ! La langue devient très vite impossible à prononcer. Si vous voulez visualisez les choses, je vous invite à relire mon article sur les 10 langues les plus incroyables. J’y ai inséré des vidéos qui montrent à merveille ce que je viens d’écrire.

Comprendre peu de mots

Je lis beaucoup d’âneries sur internet quand on parle de la langue la plus facile à apprendre. Quand vous prenez les cinq premiers résultats dans Google, vous tombez invariablement sur les mêmes langues :

  • l’anglais ;
  • l’espagnol ;
  • l’italien ;
  • le portugais.

De même, pour passer pour des gens éclairés on peut lire quelques langues sorties du chapeau comme le Swahili, le Quechua, le Suédois, l’Indonésien ou encore le Lojban. Ça me fait bien rire 😀 Qui a décrété qu’apprendre l’allemand ou encore le Swahili était facile ? C’est super dur ! Il faut apprendre un nombre de mots prodigieux avant de pouvoir les parler. Dans le dictionnaire allemand, il y a quand même 330 000 entrées soit 2,5 fois plus qu’en français ! Donc non. Pas facile du tout.

Avoir une grammaire simple

Le deuxième aspect c’est la grammaire. Si elle est proche de la nôtre, c’est gagné. Si elle s’en éloigne trop, c’est difficile. De la même façon, si on reprend l’exemple du Swahili, vous auriez bien eu tort de sous-estimer sa complexité.

Classes noms Swahili
Il existe 18 classes de noms différents en Swahili. Pas si simple que ça !

Je vais vous dire ce que vous êtes censés comprendre sur ce tableau. Dans la grammaire swahili, on met des terminaisons différentes selon la classe du nom commun utilisé. Vous voyez qu’il en existe 18 différentes, selon qu’on parle de personnes, de végétation, de liquides, de façons de faire, d’animaux, de concepts, etc.

Par exemple, si vous parlez d’un animal ou d’un objet, les noms et ce qui les suit (verbes, adjectifs et pronoms) seront forcément écrits différemment contrairement au français :

  • Mwanafunzi anasoma = l’étudiant lit (classe 1 pour les personnes au singulier)
  • Magari yamefika = les voitures sont arrivées (classe 6 pour les masses au pluriel).

Pour conclure, je dirais qu’il faut donc une grammaire soit proche de la nôtre soit minimaliste. De plus, même si apprendre l’anglais est globalement aisé, il existe tellement de mots dans cette langue qu’il vous faudra des mois voire des années d’étude avant d’en connaître assez pour être parfaitement à l’aise en toute circonstance. Nous ne tenons pas encore notre langue facile avec tout ça !

Reconnaître une syntaxe identique

Le français utilise une construction qui vous paraît naturelle :

  • Sujet + Verbe + Objet = Je suis heureux 

Mais figurez-vous que tous les peuples de notre belle planète n’ont pas tous la même façon de parler. On trouve un peu de tout (selon les travaux de Tomlin en 1986, mais complété par votre serviteur) :

Ordre des mots Exemple de phrases Exemple de langues
SVO Le lion dort au soleil Arabe (courant), anglais, français, malais, mandarin, portugais, russe, espagnol, vietnamien
SOV Le lion au soleil dort Bengali, Gothic, Hindi, Japonais, Perse, Turc
VSO Dort le lion au soleil Arabe (littéral), hébreu, irlandais
VOS Dort au soleil le lion Malgache, Baure
OVS Au soleil dort le lion Apalai, Arecua
OSV Au soleil le lion dort Warao

De surcroît, certaines langues sont un peu hybrides parce qu’elles font appel à plusieurs typologies syntaxiques. C’est le cas de l’allemand ou de l’hébreu. Idéalement, notre langue facile se rapprochera le plus possible d’une construction comme la nôtre.

Le Toki Pona, la langue la plus facile du monde

Vous ne vous attendiez pas à ce nom, n’est-ce pas ? 😀 Si vous n’en avez jamais entendu parler, c’est parce que cette langue a été créée en 2001 sur une linguiste canadienne du nom de Sonja Lang. A première vue, certains d’entre vous se diront probablement « Oui mais elle sert à rien cette langue au final ». Cependant, il se pourrait que ce ne soit pas tout à fait vrai. Jetons un petit coup d’œil à la langue et voyons pourquoi elle est une langue facile à apprendre.

Origine et philosophie de cette conlang*

La philosophie du Toki Pona, c’est le minimalisme. En d’autres termes, ça veut dire que qu’il y a peu de mots, une grammaire fastoche et peu de sons. La ponctuation elle-même a été revue au plus simple : tout est écrit en minuscule (même après un point).

Elle  s’inspire du Tao où les choses doivent être ramenées à l’essentiel. Il n’existe pas de superflu en Toki Pona, ce qui en fait une force mais également une faiblesse. Je vous dis pourquoi dans approximativement 3 minutes.

Le Toki Pona est inspirée de plusieurs langues :

  • Anglais
  • Tok Pisin (créole de Papouasie Nouvelle-Guinée)
  • Finnois
  • Géorgien
  • Néerlandais
  • Français acadien (au nord-est canadien)
  • Esperanto
  • Croate
  • Chinois

Principales caractéristiques

J’ai choisi de vous présenter le Toki Pona parce qu’elle est vraiment la langue la plus facile à apprendre au monde et voilà pourquoi :

  • 123 mots de vocabulaire et pas un de plus ;
  • alphabet latin comme système d’écriture premier ;
  • 9 consonnes (m,n,p,t,k,s,w,l,j) et 5 voyelles (a,e,i,o,u) ;
  • aucun diphtongue comme « ai » « ei » ou « ou » ;
  • aucun groupe consonantique comme « ks », »ts », « sp » ;
  • tous les mots finissent par une voyelle ou un « -n » ;
  • aucun genre grammatical (ni masculin, ni féminin) ;
  • pas de singulier ni de pluriel ;
  • pas de temps comme le présent, le passé simple, le futur et tous les autres.

Fonctionnement de la langue

Concernant le vocabulaire

Alors, comment est-il possible de construire une phrase correcte avec si peu de mots ? La réponse tient au fait que le Toki Pona fonctionne avec des associations de mots. Voici quelques exemples :

  • Persuasion se dit « Wawa toki ».
    • « Wawa » pour « confiant »
    • « Toki » pour « dire »
  • Curiosité se dit « Wile sona »
    • « Wile » pour « nécessité »
    • « Sona » pour « connaître »
  • Volcan a pour traduction « Nena suli seli »
    • « Nena » est une « montagne »
    • « Suli » c’est « grand »
    • « Seli » veut dire « feu »

Ce système fonctionne sur le modèle du mandarin et du cantonais. Ainsi la combinaison des mots entre eux permettent d’élargir considérablement le lexique disponible. D’ailleurs il n’a pas de limite à la suite de mots que l’on peut combiner. Pour parler d’un réfrigérateur orange, on devra dire « loje jelo poki lete » pour « rouge jaune placard refroidir ». Remarquons qu’avec 123 mots, toutes les couleurs n’ont pas toutes une traduction. En consultant le dictionnaire de Toki Pona, j’ai en trouvé que 5 : blanc, noir, jaune, rouge, bleu, vert.

Concernant la grammaire

La grammaire ne déroge pas à la philosophie générale du Toki Pona. C’est-à-dire qu’elle est minimaliste. Sans être exhaustif, je vous donne quelques exemples de constructions ci-dessous. Vous remarquerez la facilité de la langue et dans quelle mesure les créateurs de la langue se sont débarrassés de règles complexes.

  • La phrase type

Comme en français, elle se présente sous la forme Sujet + Verbe + Complément

Il n’y a donc pas de difficulté particulière si ce n’est quelques petits mots qui viennent donner du sens à la phrase.

Exemple : « Jan li kute » = La personne écoute.

Le petit mot « li » est un marqueur qui est placé après le sujet. Il précise donc que c’est le nom, qui le précède, qui réalise l’action (qui est le sujet de la proposition). D’autres marqueurs (peu nombreux) indiquent des fonctions grammaticales différentes comme le « e » qui introduit le COD, ou encore le « la » qui indique le contexte (le temps).

Exemple : « Onali wile lape la jan li kute e musi kalama » = Quand il est fatigué, l’homme écoute de la musique.

  • Le pluriel

Pour construire le pluriel, il suffit d’ajouter le mot « mute » après toutes les mots suivants :

  1. Les pronoms personnels. Je = mi, nous = mi mute.
  2. Les noms. Une femme = meli, des femmes = meli mute.
  3. Les verbes = je travaille = mi li pali, je travaille beaucoup = mi li pali mute.

Vous l’aurez compris, le mot « mute » indique le pluriel au sens d’une multitude. Aucune conjugaison n’est requise pour exprimer le pluriel. Plutôt facile hein ? 🙂

  • Le genre des noms

Le Toki Pona ne fait pas de distinction entre « il » ou « elle ». Par conséquent, il n’y a aucune terminaison particulière à apprendre. Pour donner le sens masculin ou féminin, voilà comment régler la question :

  1. on ajoute le mot « mije » pour exprimer le masculin. Exemple : « Mama mije » = parent masculin = père.
  2. on ajoute le mot « meli » pour le féminin: Exemple = « Mama meli » = parent féminin= mère.
  • Les temps

En français, comme dans toutes les langues indo-européennes, ce sont les verbes qui portent la marque du temps. Si on veut parler d’une action passée, présente ou futur, il faut alors apprendre toutes les terminaisons possibles. C’est un exercice extrêmement contraignant. Le Toki Pona s’affranchit de cette difficulté. Dans les trois temps possibles, il suffit d’ajouter un mot qui indique le moment de l’action.

  1. Au passé. On utilise « Tenpo pini ». Cela nous donne : « Tenpo pini la jan li pali » = Dans le temps fini, une personne travaille.
  2. Au présent. C’est avec « Tenpo ni ». Regardons un exemple : « Tenpo ni la jan li pali » = En ce temps, une personne travaille.
  3. Au futur. Le mot approprié est « kama ». « Tenpo kama la jan li pali » = dans le temps à venir, une personne travaille.
  • Les négations

Les négations aussi ont un impact très faible sur la structure de la phrase et surtout sur les verbes. De cette manière, le mot « ala » sera ajouté juste après le verbe pour exprimer la négation. C’est le même principe qu’en suédois ou en danois avec « inte ».

Conclusion

Personne ne vous a jamais parlé de cette langue parce qu’elle est inventée ou « construite » (*conlang = constructed language). Pourtant, même si l’apprendre ne facilitera pas vos voyages, vous aurez fait un bond en avant dans beaucoup de langues. De nombreux emprunts à des langues d’envergure mondiale comme le chinois vous permettront de mieux comprendre comment elles fonctionnent.

Les exemples que vous ai donnés tout au long de cet article sont issus de mes études et il m’a fallu que 20 minutes avant d’être capable de construire des phrases. C’est un record absolu. Je n’avais jamais expérimenté l’approche d’une langue qui soit aussi facile. On considère qu’il faut trois heures pour être au top avec cette langue. Ah oui, j’oubliais ! Toki Pona veut dire « langue du Bien ». C’est sûrement signe que ça fait du bien d’être aussi vite opérationnel. Dans tous les cas, j’espère que vous apprécierez autant que moi cette petite trouvaille 🙂

FAQ

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6 réponses

  1. tous les mots finissent par une voyelle ou en -n

    kiwen (pierre, métal)
    kepeken (avec)
    kon (air)

    Attention à la faute de frappe pour l’exemple au passé :

    non pas *tenpo ni la , mais tenpo pini la [comme dans votre explication]

    1. Merci beaucoup votre message ! Je corrige tout de suite les petites erreurs glissées ici et là dans mon article !
      A bientôt,
      Paul

  2. toki!

    toki pona li kepeken e nimi lili taso, sama e ni: « a », « e », « i », « j », « k ». toki pona li kepeken ala e nimi suli sama e ni: « A », « E », « I », « J », « K ».

    mi tawa! ????

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